3/3 Ma rencontre avec Hilda
Je repris mon souffle, moi aussi je transpirais, ce qui ne m’était peut-être jamais arrivé sauf les fois où l’on coupe du bois. Je lui proposais mes services, une chambre, un repas, enfin tout ce qui lui ferait plaisir.
Elle ne parut pas comprendre beaucoup mais acquiesça, j’avais toutes les chances de mon côté puisque l’hôtel était fermé pour rénovation et que l’écocamping de mon père restait le seul lieu où s’héberger.
Elle était accompagnée de deux amis tout aussi blonds, mais plus vulgaires et moins gros, et je tremblais à l’idée que l’un deux soit son mari. Mais je compris le soir même que les deux garçons dormaient ensemble.
Ils me suivirent donc, une aubaine en saison basse. Je portais tous les sacs d’Hilda et j’avais envie de lui prendre aussi la main.
Ils avaient prévu de rester deux ou trois jours mais je me démenais tant et si bien qu’ils eurent des activités programmées pour plus d’une semaine : nous partîmes observer les oiseaux, guetter le jaguar et les singes, découvrir les plantes, récolter le poivre, le xate et le chicle. Nous allions à pied pour des découvertes archéologiques, je louais même des chevaux mais celui d’Hilda est resté choqué et refuse depuis que quiconque l’enfourche. Le propriétaire est furieux et veut m’obliger à acheter sa carne.
S’il avait fallu leur apprendre à construire une cabane au toit de palmes, je l’aurais fait.
Je débordais d’explications sur tout et je parvenais à m’intéresser moi-même à ce qui m’entourait, alors que je n’y avais jamais prêté attention jusque là.
Mon père resta tout d’abord stupéfait par ce brusque intérêt pour mon environnement mais il en comprit vite la raison et entreprit de me soutenir. Il flairait là une occasion inespérée de se débarrasser de son aîné inutile et paresseux et de l’envoyer dans une lointaine contrée aux devises alléchantes.
Dès qu’il pouvait il me faisait de grands signes idiots du pouce comme pour dire « Super, ça roule», il en vint même à me donner des tapes affectueuses dans le dos. Hilda riait et comprenait le quart de ce que je lui disais. Elle parlait un espagnol horrible mais en dix jours elle fit des progrès fulgurants, grâce à mes efforts soutenus. Sa langue à elle est un grabouillis d’écorche-langue et rien n’y fait, elle ne me rentre pas dans l’oreille. (Je devenais mélancolique lorsqu’elle parlait avec ses amis, songeant aux maigres chances que j’avais de m’adapter à son pays. Je voyais mon avenir riant se transformer en nuage sombre de solitude.)
Bref, cela faisait trois jours qu’Hilda était sortie du bus pour entrer dans ma vie et j’étais la risée des 337 adultes et 123 enfants de la communauté, mais je ne me lassais pas d’entourer la belle allemande de mes meilleurs soins.
Elle se laissait abreuver de conseils incompréhensibles, j’appliquais de la crème solaire sur ses épaules. Sa peau est si fine qu'elle se craquèle au soleil et de blanc pur devient rouge comme les crevettes que j’ai mangé chez cousine Téré lors d’un Nouvel An.
Je lui enlevai les tiques minuscules avec une pince à épiler, je lui tenais la main dès qu’il y avait un obstacle quelconque, une branche à éviter, un tronc à enjamber.
J’étais amoureux.